Développer ses gestionnaires plutôt que remplacer ses employés
Le taux de roulement se concentre presque toujours dans quelques équipes. C’est un signal de gestion, pas de recrutement.

Laïna Benjamin
Vice-Présidente, Développement Talents
Rétention
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Lorsqu’une organisation perd des employés de façon répétée, la première réaction est d’intensifier le recrutement : plus d’affichages, plus de firmes, plus de primes de référencement. Cette réponse traite le symptôme et laisse la cause intacte.
Un simple examen des départs par équipe révèle presque toujours la même chose : le roulement n’est pas réparti uniformément dans l’organisation. Il se concentre sous quelques gestionnaires. C’est un problème de gestion, et il ne se règle pas par plus de recrutement.
Lire le roulement au bon endroit
Comparez les départs par gestionnaire, par ancienneté et par motif déclaré, sur vingt-quatre mois. Si deux ou trois équipes concentrent la majorité des départs, votre capacité d’attraction n’est pas en cause : l’expérience quotidienne dans ces équipes l’est.
Regardez également le moment des départs. Des départs avant six mois pointent vers un problème de recrutement ou d’intégration. Des départs entre dix-huit et trente-six mois pointent plutôt vers un plafonnement : absence de progression, absence de reconnaissance, absence de conversations de développement.
Les compétences de gestion qui changent la donne
Donner du feedback clair, régulier et utilisable, pas seulement en évaluation annuelle.
Déléguer en fonction du niveau réel d’autonomie de chaque personne.
Mener une conversation difficile au moment où elle doit avoir lieu.
Reconnaître la contribution autrement qu’en confiant davantage de travail.
Adapter son style aux personnes plutôt qu’appliquer une seule méthode à toute l’équipe.
Protéger son équipe des priorités contradictoires venant d’en haut.
Le passage d’expert à gestionnaire
La majorité des gestionnaires ont été promus parce qu’ils excellaient techniquement. Personne ne leur a appris à gérer. Ils reproduisent donc ce qu’ils ont connu, en bien comme en mal, et compensent leur inconfort par du contrôle ou par de l’évitement.
C’est une lacune structurelle, pas un défaut personnel. Un gestionnaire qui reçoit du coaching, des outils concrets et un espace pour pratiquer les conversations difficiles progresse rapidement. Sans cet accompagnement, il apprend par essais et erreurs, et ce sont ses employés qui paient les erreurs.
Un investissement mesurable
Former un gestionnaire coûte une fraction du coût de remplacement de deux employés. L’effet, lui, se répète : chaque personne de son équipe en bénéficie, année après année, y compris celles qui n’étaient pas encore embauchées au moment de la formation.
Les indicateurs à suivre sont simples : taux de départ volontaire par équipe, ancienneté moyenne, nombre de promotions internes, résultats des points de contrôle à trente et quatre-vingt-dix jours. Ces chiffres bougent en dix-huit mois quand l’effort est réel.
Ce qui ne fonctionne pas
Les initiatives ponctuelles sans suivi : une journée de formation, un atelier de cohésion, un sondage dont les résultats ne sont jamais partagés. Elles génèrent des attentes puis les déçoivent, ce qui aggrave le cynisme au lieu de le réduire.
Ne fonctionne pas non plus le fait de tenir un gestionnaire responsable de sa rétention sans lui donner les leviers correspondants : marge salariale, capacité de promouvoir, temps réel à consacrer à son équipe. La responsabilité sans levier produit de la démobilisation, y compris chez celui qui encadre.
À retenir
On ne règle pas un problème de gestion par plus de recrutement. Regardez où se concentrent vos départs, développez ceux qui encadrent et donnez-leur de véritables leviers. C’est presque toujours l’intervention la plus rentable en matière de rétention.
